La paimpolaise des Urgences

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Cet article est la reprise d’un article publié par la nvo.
Paimpol : la mobilisation sauve les urgences de la catastrophe

8 septembre 2017 | Mise à jour le 11 septembre 2017

Par Claire Merrien | Photo(s) : ClaireM!

À Paimpol, la mobilisation citoyenne et syndicale en cours fait reculer l’Agence régionale de santé (ARS). Un appel à manifester, samedi 9 septembre à 15 heures, soutenu par la section CGT de l’hôpital qui s’est réactivée à l’occasion de cette lutte témoigne de l’importance de cet enjeu essentiel pour la vie des personnes et pour le bassin économique dans son entier.

À Paimpol, la mobilisation citoyenne et syndicale en cours fait reculer l’ARS dans son premier objectif de gérer les moyens dévolus à la santé hors des engagements humanistes qu’elle réclame. Un appel à manifester samedi 9 septembre 2017, à 15 heures dans ce petit port de plus de 7 000 habitants entend marquer la détermination de la population à conserver un service d’Urgences de qualité,  dans un contexte national de gestion budgétaire de la santé qui asphyxie les hôpitaux « de proximité » malgré un discours lénifiant de l’ARS. Elle acte une première victoire, sur l’administration sanitaire qui voudrait construire des métropoles régionales bien dotées, au détriment de l’assurance pour les populations des petites cités et des campagnes d’avoir un accès aux soins de qualité, une continuité de service et un développement solidaire égaux pour tous sur l’ensemble du territoire.

La crispation pour ne pas dire la crise s’ouvre il y a quelques mois, quand l’un des médecins urgentistes partant à la retraite, l’ARS fait savoir qu’elle entend garantir la « pérennité des urgences (…) et la sécurité des prises en charge » en encourageant l’hôpital de Paimpol (qui est le premier employeur de la ville) à « la recherche de pistes d’amélioration de l’organisation » en partenariat avec le centre hospitalier (CH) de Saint Brieuc, situé à seulement 45 km mais 45 minutes en voiture, quand il n’y a pas de bouchon. En pratique, ce qui est alors envisagé, c’est que sur le créneau de « nuit profonde » (de minuit à six heures du matin) un seul médecin, possiblement un généraliste, assure à lui seul la garde, du service des Urgences de Paimpol.

L’abandon d’urgences de qualité relève d’une mise en danger de la population

Ces dispositions sont jugées inacceptables par les professionnels de santé comme par les usagers. Le Comité de soutien de l’hôpital de Paimpol (CSHP), se réactive dès le début juin ainsi qu’une section CGT, soutenue et conseillée par l’UD quant à la rédaction de ses statuts afin de pouvoir participer aux réunions avec les instances décisionnaires et ester en justice si nécessaire. Une page Facebook est tenue à jour régulièrement et met en ligne une carte d’évolution de l’intervention du SMUR et surtout une pétition en ligne. La liaison avec la Coordination nationale des comités de défense de maternités et hôpitaux de proximité (CNCDMHP) est faite, car la pression sur les établissements de soins est nationale.

Il a été établi par les instances médicales qu’en cas d’urgence vitale, une prise en charge en moins de 30 minutes est la garantie d’une meilleure chance de survie avec moins de séquelles. C’est un « véritable enjeu pour nos concitoyens » selon les termes du ministère des Solidarités et de la Santé qui le présente comme un engagement. « La dérogation à ce principe conduit à une surmortalité » affirme le Docteur Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). D’un point de vue légal, cela s’appelle la « perte de chance » en l’occurrence « par défaut de moyen », organisée par l’État, insiste-t-il. Cette notion juridique est habituellement utilisée dans le domaine médical pour remettre en cause un défaut d’information ou de protocole dans l’exercice d’un praticien. Jouer le prix d’une vie à la roulette russe revient à enfreindre le principe de l’égalité de traitement de tous les citoyens sur l’ensemble du territoire et rompre avec la solidarité nationale, qui constitue aussi l’un des engagements ministériels et le principe éthique qui fonde l’exercice de la médecine.

La bascule programmée de la médecine d’urgence en médecine de catastrophe

Un service des urgences est composé de deux types d’équipes : celle qui accueille les patients, au sein de l’hôpital, et celle qui effectue des interventions à l’extérieur : c’est la structure mobile d’urgence et de réanimation (SMUR, qui devient SAMU pour les structures régionales). Pour cet hôpital qui a vu successivement fermer  différents services (chirurgie, cardiologie et chirurgie cardiaque, pédiatrie, maternité et ophtalmologie) depuis 15 ans, par une succession de départs non remplacés, les deux médecins urgentistes de garde, assurent également les soins, la nuit, en cas de problème dans l’un des services de suite de l’hôpital qui compte quand même environ 300 lits.

Pratiquement, en cas d’urgence vitale à l’extérieur, l’urgentiste, aidé d’une infirmière, doit assurer toutes les entrées nocturnes pendant environ une heure et demie. En 2016, il y eu 360 sorties du SMUR et 14 471 entrées enregistrées aux Urgences. Depuis le début de l’année 2017, on peut compter environ 5 transferts héliportés par semaine sur le CHU de Saint-Brieuc.

Demander à un médecin d’être seul face à la tempête sur un canton d’intervention de plus de 40 000 personnes, sans compter les pointes touristiques (Paimpol a accueilli plus de 150 000 personnes pour son festival du Chant de marin en 2017) ni le contexte local des marins pêcheurs (qui ont pris position fermement pour le maintien des urgences), c’est transformer le service d’urgences en service de médecine de catastrophe, puisque les moyens alloués ne sont pas au niveau des besoins.

Placer les personnels soignants et les patients en détresse

Une des infirmières du service (qui préfère garder l’anonymat, malgré l’atmosphère prétendument « sans souci » selon l’ARS) décrit cette spirale d’un quotidien déjà lourd. Les gardes sont de douze heures consécutives pour les personnels infirmier et aide-soignant. De 24 heures pour les médecins urgentistes. Si une infirmière se retrouvait seule, imagine-t-elle, à accueillir un patient en détresse vitale, elle craindrait, en cas de décès ou d’aggravation d’état du patient, soit d’être poursuivie pour défaut de soin ou défaut de chance, soit, en intervenant, de l’être pour« dépassement de rôle » pour avoir pratiqué un geste qui lui est interdit, ou avoir administré un traitement qui nécessite une prescription médicale.

De plus, le personnel craint de voir transformer les « gardes » (à l’hôpital) en « astreintes » (à domicile) pour les médecins. Cela ne servirait pas à grand-chose : si le médecin habite à Saint-Brieuc, il lui faut pour arriver, le temps du transfert du patient en ambulance. Les personnes en détresse se rendraient donc directement à Saint-Brieuc, où le temps d’attente est déjà de trois ou quatre heures, soit le double qu’à Paimpol. Et l’administration déciderait que cette baisse du nombre d’entrées justifie la fermeture pure et simple du service, elle qui a déjà relevé le seuil de 8 000 à 12 000 entrées  par an. Les médecins ne seraient pas mieux lotis, obligés de choisir entre leurs patients celui qui devra se passer d’eux ou passer de vie à trépas.

Une gestion des praticiens hospitaliers centralisatrice et déséquilibrée

Le 21 août, trois semaines avant la manifestation paimpolaise, et avant un rendez-vous annoncé et finalement annulé par la ministre des Solidarités et de la Santé, mercredi 13 septembre 2017, l’ARS a fait de nouvelles propositions. Durant les heures de « nuit profonde », le service des Urgences serait maintenu avec ses deux médecins urgentistes. Mais le jour (de 8 h à 20 h), suppose-t-on, l’un des deux médecins de garde serait le plus souvent un médecin généraliste.

Le Dr Brice (de l’Amuf) rappelle que les formations de ces deux types de praticiens sont différentes. Sans entrer dans les détails, là où le futur généraliste se voit imposer un stage de six mois en service d’urgence entre sa septième et sa dernière année d’internat, le futur urgentiste, se voit imposer un stage de six mois en médecine générale. Ses autres stages d’internat doivent avoir lieu en services d’urgence, de réanimations, de SAMU et service hospitalier… Car les gestes qui sauvent (intuber, déchoquer, injecter certains produits directement par voie artérielle) ne s’improvisent pas, non plus que de poser certains diagnostics. Les urgences par définition ne sont pas prévisibles : on ne peut pas réfléchir en flux mais en dispositif continu. Dr Prudhomme

C’est donc bien un choix de mesure de substitution que mène l’ARS en se cachant derrière le paravent de contrainte budgétaire et humaine (on ne trouverait pas suffisamment d’urgentistes). Elle correspond à la volonté de construire de grandes métropoles au détriment des structures locales. Ainsi, il est fréquent que les CHU régionaux ou les CH, pour encourager l’installation de praticiens hospitaliers ne respectent absolument pas les grilles salariales qui existent pourtant dans la fonction publique hospitalière comme ailleurs. De jeunes médecins sans expérience particulière sont payés comme et parfois mieux que leurs collègues expérimenté dans des petits hôpitaux «  de proximité » pour lesquels des postes vacants ne sont même pas signalés comme tels au mouvement national. Et pour lesquels les offres à pourvoir ne sont d’ailleurs pas présentées avec le même talent. (pour exemple : ici pour le poste de Paimpol et pour celui de Saint-Brieuc).

Lutter contre le démantèlement des structures publiques construit une économie vertueuse

Comme le rappellent toutes les parties, un hôpital qui offre d’autres soins que les examens pré-opératoires (radiologie et laboratoire) et les soins de suite, comme à Paimpol, fussent-ils de qualité, entretient l’économie locale. Les familles comme les anciens s’installent plus facilement à proximité. Le recours aux autres services en est vivifié, entraînant des investissements et donc des dépenses autant que des emplois. Il y a deux ans déjà, la section CGT et les populations du bassins s’étaient mobilisées fructueusement pour défendre les travaux et le maintien d’une petite ligne de chemin de fer sillonnant une quarantaine de kilomètres vallonnés entre Paimpol et Guingamp. C’est pourquoi, de même que pour un certain nombre de décisions prises loin des réalités, les décisions en matière sont contestés par les élus locaux.

Seule l’ARS Bretagne a refusé de communiquer sur ses propres propositions aux prétextes qu’il n’y avait « plus de problème » et qu’un« média national n’avait pas vocation à traiter une information locale ». C’est un déni de réalité, comme en témoigne la dernière déclaration du CSHP et le Dr Prudhomme qui y voient bien une politique globale et d’économie régionale qui prolonge la politique nationale en matière de santé.h

Quand l’histoire des femmes passe par l’Histoire et la bd

En ce 8 mars 2020, alors qu’un peu partout se déroulent des manifs ou des événements (parfois sous répressions policières), une petite bd se lance sur Bayday qui raconte une histoire particulière mais si tristement commune, sur fond de répression politique.

Cela n’est pas évident quand on voit la couverture, mais Chuch a fait le pari du noir et blanc. Et autant dire d’emblée que c’est un pari gagné.
D’un noir et blanc chargé, comme le récit de cette jeune « fille-mère » comme disaient un ancien temps en France, qu’on sent encore très présent au Guatemala.

Le Guatemala fait parti de ces pays de la Cordillère des Andes dont peu de Français connaissent l’histoire détaillée. Il est un comme perdu dans les brumes des dictatures sud-américaines… Nous en reparlerons lors d’un autre billet.

Car cette auto-fiction dessinée se passe dans ce contexte historique et très politique du Guatemala des années 80, alors que nous étions dans l’oubli de ce qui pouvait bien se grenouiller « là-bas » : des successions d’oppressions qui se sont exercés principalement contre les populations locales à l’arrivée des conquistadors, principalement Maïa. Plus de quarante mille personnes sont portées disparues, les circonstances de leurs disparitions restant opaques.

Chuch parait par épisodes hebdomadaires sur le site Bayday. La série complète sera en ligne le 21 juin 2020, pour le Jour national des disparitions forcées, commémoration des dizaines de milliers de disparus.

Le trait rappelle certains choix de Marjane Satrapi dans Persepolis. Et ce n’est pas un hasard. Car la pression que j’ai décidé de qualifier d' »orchidique » (en référence à orchis, testicule, et en parallèle avec hystérique, qui vient d’hysteros, l’utérus) s’exerce toujours et d’abord sur le corps des femmes.

En attendant de découvrir la fin de l’aventure, il est déjà possible de lire en feuilleton hebdomadaire le devenir de Nicte’. Le jeune talent du couple Talléone/Sébastien G. joue à plein pour amener le lecteur à se reconnecter la semaine suivante pour connaître la suite.

Publier sur cette plateforme collaborative de bd est symptomatique de la difficulté à percer, et à vivre de la bande dessinée pour celles et ceux qui ne sont pas (encore) des stars du monde la publication dessinée. Bayday fait le choix du payant redistribué aux auteur(e)s, dessinateurs et dessinatrices et scénaristes. Cependant, pour Chuch, ne vous affolez pas : outre que le premier chapitre est gratuit, les suivant sont à 1€, et une douzaine est en prévision. Cela vaut la peine de profiter d’un univers décrit avec finesse, précision et pudeur.

Le noir et blanc est l’expression du contraste de nos mondes si paisibles en façade, mais qui récusent aux victimes le droit inconditionnel au refuge

Différent et semblable pour rappeler combien la répression politique, non contente de s’exercer sur l’esprit des populations, cible le corps de la femme, il faut (re)lire Persepolis.

Dans Mourir, partir, revenir, Les Hirondelles de Beyrouth, Zeinab Abirached relate son enfance et sa jeunesse dans le Liban cisaillé par les armes. Paru en 2005, et déjà tiré à 15 000 exemplaires, cette bande dessinée qui a, elle aussi, choisi le noir et blanc, adopte un graphisme particulier faussement enfantin au service d’un récit tendre et terrible.

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Les Hirondelles de Beyrouth : partir, revenir…

En ces temps où se encore et toujours se pressent des réfugiés fuyant la guerre, souvent considérés comme des intrus par les populations européennes, il faut rendre hommages à ces destins en noir et blanc qui relatent l’exil, ses souffrances, et ces autres souffrances, laissées comme une musique d’affres et de douleurs, à nos portes. Comme si c’était aux populations victimes des chacals et des tyrans de porter la honte de nos propres peurs.

Le petit dictionnaire de l’air de rien

Le phénomène n’est pas neuf, mais force est de constater que LREM forge une langue parallèle, dont les mots familiers prennent un sens spécifique. Volonté de manipulation de masse ou certitude de tracer le seul et unique bon chemin ?
Ce petit point linguistique se contentera de relever la signification de ce nouveau vocabulaire, dont l’usage est davantage prégnant chaque jour.

concertation : le principe est d’exposer son projet, de laisser parler les participants et de conclure que le projet sera appliqué tel qu’il a été exposé. Point.

riens : ce sont les personnes qui n’ont pas réussi et qu’il est loisible de croiser dans les gares. Il ne s’agit pas de réussir à attraper un train, mais bien d’avoir réussi. Il ne s’agit pas non plus d’être heureux. On rappellera qu’historiquement le mot rien vient de chose (rem en latin), ce qui laisse supposer que celui qui a réussi est un acteur de sa vie, contrairement au rien, qui n’a pas voulu être quelque chose, et a donc préféré n’être qu’une chose.

universel : ne concerne pas tout le monde mais seulement ceux qui ne sont pas spécifiques.

Les rendez-vous manqués d’Iznogood : le bilan d’Édouard Philippe vue par sa gauche

Le Havre

Quelques heures avant la clôture de la campagne du premier tour des élections législatives, au Havre, l’opinion de deux candidats de gauche de la 7e circonscription de Seine-Maritime sur la gestion municipale du
Premier ministre en exercice.

Le Havre, vue des arches monumentales depuis l’Hôtel de ville, juin 2017, ©Claire Merrien

La question qui se pose est de savoir si monsieur Édouard Philippe, le premier premier ministre du président Macron, qui est montré comme un modèle courtois, efficace et moderne peut réformer la France, la rajeunir, faire bouger les lignes et sortir le pays du marasme dans lequel il se roule, selon nombre d’analystes, comme il l’a fait pour la ville du Havre. Souvent présenté par les médias nationaux comme le sauveur, Monsieur Philippe serait, sous l’égide du plus jeune président de la Ve République,  celui qui va rendre sa gloire au pays, comme il a extirpé Le Havre de la torpeur provinciale dans laquelle s’enfonçaient les souvenirs de sa gloire industrielle passée.

Le Havre est actuellement partagé en deux circonscriptions sur le terrain desquelles s’affrontent au total plus de 25 candidats. Impossible en une journée de les rencontrer tous… Le choix s’est porté sur le candidat de la France Insoumise et le candidat du PCF de la 7e respectivement Gérald Maniable et Baptiste Bauza.

La même question leur a été posée, et, argumentée différemment, la réponse est unanime : si la gestion municipale est un exemple de ce que va faire le gouvernement Philippe, il faut oublier l’idée de vision, de progrès et s’en tenir à une vitrine de modernisme dont l’arrière-boutique négligera les plus fragiles.

Pour monsieur Maniable, Édouard Philippe n’a pas mis « son ambition politique au service d’une ville, mais une ville au service de son ambition »,  quant à monsieur Bauza lui aussi parle de « vitrine bling-bling », et comme son concurrent, d’un «carriériste». Il va même plus loin en le comparant au personnage de bd qui « veut devenir calife à la place du calife : c’est Iznogood ».

Qu’en est-il de la valorisation de la ville, de la construction du tram, de la création d’un vaste espace commercial, Les Docks, d’un centre-ville plaisant, du Musée Malraux ? de l’ouverture la semaine dernière d’un grand centre culturel appuyé sur un complexe cinématographique ?

Les deux ricanent : Baptiste Bauza affirme que le tram était un projet communiste ancien, remisé au placard par le maire RPR précédent (élu de 1995 à 2010) et ressorti par Édouard Philippe. Au passage des aides européennes opportunes ont été perdues, précise-t-il. Les deux pointent des projets coûteux qui ont mis en valeur le centre-ville au détriment de ce qu’on appelle ici « les quartiers », ces deux complexes de cités des années70, abandonnés par la mairie de droite.

Pour privilégier le « tourisme d’affaire », sensé amené des flux de businessmen pressés de se réunir et de dormir dans les nouveaux hôtels havrais, on n’a pas renouvelé les financements des associations de quartiers  et pour ce qui concerne les CLEC (centre d’action culturelle) pire, selon Baptiste Bauza, « on a proposé des activités de moins en moins intéressantes, alors, à force… ». Pourtant Gérald Maniable se souvient avec émotion de ses «premières vacances à la neige, un mois…mes parents n’auraient jamais pu… ». Et de Mme Lelièvre, celle qui a œuvré à la création de l’actuel Muma, véritable bijou de musée… trop peu fréquenté par les Havrais, soupire-t-il.

Situé sur le front de mer, mais essentiellement visité par les touristes, le Muma offre une collection remarquable des œuvres de Boudin. © Claire Merrien

Même si Baptiste Bauza concède les efforts concernant la remarquable bibliothèque Nemeyer ou le Festival du goût des autres, il note l’absence totale de l’association avec les population des « Quartiers ». Même un rappeur  comme Médine n’a jamais été reconnu à hauteur de sa notoriété internationale dans sa ville natale. Comme un jeune animatrice sociale qui elle aussi remarque une « promotion extérieure » au détriment d’ « une promotion intérieure ».

Parvis de l’Hôtel de Ville du Havre, le quartier Perret, en arrière-plan, témoin de la reconstruction de l’après-guerre. © Claire Merrien

Quant aux promesses de projets de développement économiques industriels, ils sont restés… à l’état de promesse, de «rendez-vous manqués », selon le candidat du PCF. Celui de la FI précise que l’ensemble des projets ont manqué de vision. Les Docks ? C’était sans compter avec le développement à Honfleur de magasins d’usine, à un rien de temps de l’autre côté du Pont de Normandie. Mais par contre, tous les petits commerces de la ville périclitent.

Le tram ? Son parcours a été conçu en abandonnant la desserte plus humaine de la périphérie du Havre, antérieurement assurée par des bus… et délaissant les plus pauvres ou les plus âgés, car « moins d’un quart d’heure à pied » peut se révéler trop long. L’usine de construction de pales d’éoliennes, destinées à l’export ? Sans compter ni réagir face au désinvestissement d’Areva sur le renouvelable et au rachat par Siemens d’usine qui fabriquent en Allemagne des pales pour des éoliennes, devenues, le temps de l’inaction plus performantes, alors qu’une autre usine est déjà habilitée à 200 km. Son concurrent rappelle que le maire Philippe n’a pas réagi alors que les élus locaux interpelaient monsieur Macron, alors ministre de l’Économie et de l’Industrie. Les richesses de développement offertes par la mer ? Strictement inenvisagées. Baptiste Bauza relève d’ailleurs que le gouvernement Philippe n’accorde aucun ministère de plein exercice ni à la mer ni à l’industrie.

Dans cette ancienne ville communiste (jusqu’en 1995) qui faisait la part belle à l’éducation populaire, à la place de chacun dans la cité, y compris la place économique, le ton gronde sur fond de nostalgie de ces hiers qui chantaient. Et malgré la désunion locale (qui fera l’objet d’un autre article) sur une circonscription plutôt à droite,car rattachée au village de Sainte-Adresse, on est soucieux à l’idée de voir le pays gouverné comme le Havre… qui n’a servi que de « marchepied à son ambition nationale » affirme le jeune candidat communiste en rappelant que monsieur Philippe résidait à Paris et ne venait au Havre que deux fois par semaine, du temps de sa mandature.

Vue du Havre

Le lieu du petit Salon

banc public de lecture, Le Havre, ©Claire Merrien

Comme tous les ans, se tiendra en ce lieu du magique et militant du Lieu-Dit,  le

Petit salon du livre politique 2017

 
Dimanche 21 mai 2017 de 14h à 21h
 
 
Sont invités :
Agone, Amsterdam, Éditions la Tempête, Éditions Pontcerq, Entremonde, Fakir éditions, La dispute, La fabrique, L’échappée, Le Passager clandestin, Les Éditions du Croquant, Les liens qui libèrent, Le Temps des cerises, Libertalia, Lux, Nous, Raisons d’agir, Syllepse et Zones
 
et peut-être plus…
 
Ce salon réunit une quinzaine d’éditeurs qui tous, quelle que soit leur taille, consacrent une partie importante de leur catalogue à « la politique », c’est-à-dire à la critique de l’ordre existant et aux moyens d’en sortir.
 
Histoire, sociologie, philosophie, ethnographie, la plupart des disciplines qu’on regroupe sous le nom bizarre de « sciences humaines » y sont représentées. Peu d’ouvrages académiques, davantage de livres subversifs (pour éviter de les appeler « militants » ou « engagés ».)
 
Il y aura au Lieu-Dit

Bar restaurant Le Lieu Dit –
6, rue Sorbier 75020 Paris
01 40 33 26 29 – contact@lelieudit.com

comme chaque année, des débats, des rencontres, et surtout une atmosphère amicale qui fait de ce salon un événement qui ne ressemble à rien de ce que ce mot recouvre, en général.

 
Entrée libre !

L’extase Caramel

Le ravissement Caramel

 

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©ClaireM!

— Tu ne connais pas Monsieur Caramel ?! Il faut que tu le rencontres ! Il est extraordinaire. Tu ne peux pas imaginer.

C’est ainsi que mon amie Amy me parla du nouveau confiseur installé dans sa rue. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de son vrai nom mais j’ai bientôt su que c’était un surnom.

« La première fois que je suis entrée dans sa boutique, je revenais du cinéma, il était près de minuit, en janvier, mais il y avait une vitrine encore éclairée, de l’intérieur. Je me suis approchée, curieuse. Monsieur Caramel est apparu, il s’est effacé pour nous faire entrer. Il ouvrait le lendemain, et était en train de mettre les dernières touches. Alors, il m’a fait asseoir, m’a offert une infusion et un caramel, je croyais que je connaissais les caramels. Je n’aime pas tellement cela, à vrai dire, ça colle aux dents et c’est toujours un peu trop sucré. Mais celui-là, il était si bon, si doux, que j’ai été transportée… à tel point que j’en ai rêvé dans la nuit ! »

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©ClaireM!

Piquée de curiosité, moi qui n’aime pas non plus tant que ça les caramels, j’ai décidé d’aller voir cette boutique, au 79, rue Duhesmes, qui ouvre à 15h en semaine, et le dimanche à 11h, pour fermer un peu plus tôt. Le dythirambe était tel que je craignais d’être déçue.

Mais n’hésitez pas. Ce grand jeune homme d’un tiers de siècle, qui après des études de design en Corée est venu faire les Beaux Arts en France mais a bifurqué sur l’école de pâtisserie de Le Nôtre « car la pâtisserie, c’est plus délicat » que la cuisine en général, et a fait ses armes auprès de Robuchon, vous ravira.

Ne croyez pas que c’est un hasard si tout y est fait pour captiver tous vos sens, de l’ancien tourne-disque d’où Django Reinhart vous berce, des nuances subtiles qui captivent votre palais, aux harmoniques visuels de ce lieu unique un peu salon de thé, mais dont Yohan Kim (de son vrai nom) aimerait faire un lieu d’art total. Jusqu’au tasses tournées à la main. D’ailleurs, c’est une des pistes de celui qui organisa de l’événementiel culinaire autour des autres défilés et expositions de la Galerie de la rue Française : devenir un « pôtissier » autant pâtissier que potier.

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©ClaireM!

On pousse la porte, et le temps que Monsieur Caramel, selon le surnom donné à la Galerie à notre délicat talent, emballe votre assortiment de caramels, vous dégustez l’infusion de Sceau de Salomon qu’il vous sert avec une mini madeleine sortie du four, moelleuse au cœur et très subtilement parfumée. « je voulais sortir la gastronomie du monde de l’art et du luxe, et me mettre à la portée de ceux qui n’en ont pas les moyens. J’ai eu envie de créer un lieu de rencontre ».

Et non seulement on vient, parce qu’on habite dans ce petit coin du XVIIIe, mais on y revient parce que tout y est subtil, qu’ici se fait l’alliance du « beau et du bon » et que se dégage cette atmosphère propice à ressentir le temps qui passe avec volupté.

Claire Merrien

 

Vous les avez laissés en proie au Labyrinthe…

Au hasard d’une écoute distraite de Fip, cette chanson qui reprend un texte de Hugo écrit pour la libération des Communards emprisonnés. Merci à cette page YouTube, merci à La Toupie pour avoir repris l’intégrale du texte hugolien.

A ceux qu’on foule aux pieds

Oh ! je suis avec vous ! j’ai cette sombre joie.
Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie
M’attirent ; je me sens leur frère ; je défends
Terrassés ceux que j’ai combattus triomphants ;
Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m’éclaire,
Oublier leur injure, oublier leur colère,
Et de quels noms de haine ils m’appelaient entre eux.
Je n’ai plus d’ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c’est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C’est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
Je défends l’égaré, le faible, et cette foule
Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule
Et tombe folle au fond des noirs événements ;
Etant les ignorants, ils sont les incléments ;
Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
À vous tous, que c’était à vous de les conduire,
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,
Que votre aveuglement produit leur cécité ;
D’une tutelle avare on recueille les suites,
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
;
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Ils errent ; l’instinct bon se nourrit de clarté ;
Ils n’ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;
Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse
Et plus morne là-haut que les branches des bois ;
Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,
Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ?
En tournant dans un cercle horrible, on devient ivre ;
La misère, âpre roue, étourdit Ixion.
Et c’est pourquoi j’ai pris la résolution
De demander pour tous le pain et la lumière.

Ce n’est pas le canon du noir vendémiaire,
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai,
Qui font la haine éteinte et l’ulcère fermé.
Moi, pour aider le peuple à résoudre un problème,
Je me penche vers lui. Commencement : je l’aime.
Le reste vient après. Oui, je suis avec vous,
J’ai l’obstination farouche d’être doux,
Ô vaincus, et je dis : Non, pas de représailles !
Ô mon vieux cœur pensif, jamais tu ne tressailles
Mieux que sur l’homme en pleurs, et toujours tu vibras
Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras.

Quand je pense qu’on a tué des femmes grosses,
Qu’on a vu le matin des mains sortir des fosses,
Ô pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir !
Ne disons pas : Je fus proscrit, je fus martyr.
Ne parlons pas de nous devant ces deuils terribles ;
De toutes les douleurs ils traversent les cribles ;
Ils sont vannés au vent qui les emporte, et vont
Dans on ne sait quelle ombre au fond du ciel profond.
Où ? qui le sait ? leurs bras vers nous en vain se dressent.
Oh ! ces pontons sur qui j’ai pleuré reparaissent,
Avec leurs entreponts où l’on expire, ayant
Sur soi l’énormité du navire fuyant !
On ne peut se lever debout ; le plancher tremble ;
On mange avec les doigts au baquet tous ensemble,
On boit l’un après l’autre au bidon, on a chaud,
On a froid, l’ouragan tourmente le cachot,
L’eau gronde, et l’on ne voit, parmi ces bruits funèbres,
Qu’un canon allongeant son cou dans les ténèbres.
Je retombe en ce deuil qui jadis m’étouffait.
Personne n’est méchant, et que de mal on fait !

Combien d’êtres humains frissonnent à cette heure,
Sur la mer qui sanglote et sous le ciel qui pleure,
Devant l’escarpement hideux de l’inconnu !
Etre jeté là, triste, inquiet, tremblant, nu,
Chiffre quelconque au fond d’une foule livide,
Dans la brume, l’orage et les flots, dans le vide,
Pêle-mêle et tout seul, sans espoir, sans secours,
Ayant au cour le fil brisé de ses amours !
Dire : – « Où suis-je ? On s’en va. Tout pâlit, tout se creuse,
Tout meurt. Qu’est-ce que c’est que cette fuite affreuse ?
La terre disparaît, le monde disparaît.
Toute l’immensité devient une forêt.
Je suis de la nuée et de la cendre. On passe.
Personne ne va plus penser à moi. L’espace !
Le gouffre ! Où sont-ils ceux près de qui je dormais ! » –
Se sentir oublié dans la nuit pour jamais !
Devenir pour soi-même une espèce de songe !
Oh ! combien d’innocents, sous quelque vil mensonge
Et sous le châtiment féroce, stupéfaits !
– Quoi ! disent-ils, ce ciel où je me réchauffais,
Je ne le verrai plus ! on me prend la patrie !
Rendez-moi mon foyer, mon champ, mon industrie,
Ma femme, mes enfants ! rendez-moi la clarté !
Qu’ai-je donc fait pour être ainsi précipité
Dans la tempête infâme et dans l’écume amère,
Et pour n’avoir plus droit à la France ma mère ! –

Quoi ! lorsqu’il s’agirait de sonder, ô vainqueurs,
L’obscur puits social béant au fond des cœurs,
D’étudier le mal, de trouver le remède,
De chercher quelque part le levier d’Archimède,
Lorsqu’il faudrait forger la clef des temps nouveaux ;
Après tant de combats, après tant de travaux,
Et tant de fiers essais et tant d’efforts célèbres,
Quoi ! pour solution, faire dans les ténèbres,
Nous, guides et docteurs, nous les frères aînés,
Naufrager un chaos d’hommes infortunés !
Décréter qu’on mettra dehors, qui ? le mystère !
Que désormais l’énigme a l’ordre de se taire,
Et que le sphinx fera pénitence à genoux !
Quels vieillards sommes-nous ! quels enfants sommes-nous !
Quel rêve, hommes d’Etat ! quel songe, ô philosophes !
Quoi ! pour que les griefs, pour que les catastrophes,
Les problèmes, l’angoisse et les convulsions
S’en aillent, suffit-il que nous les expulsions ?
Rentrer chez soi, crier : – Français, je suis ministre
Et tout est bien ! – tandis qu’à l’horizon sinistre,
Sous des nuages lourds, hagards, couleur de sang,
Chargé de spectres, noir, dans les flots décroissant,
Avec l’enfer pour aube et la mort pour pilote,
On ne sait quel radeau de la Méduse flotte !
Quoi ! les destins sont clos, disparus, accomplis,
Avec ce que la vague emporte dans ses plis !
Ouvrir à deux battants la porte de l’abîme,
Y pousser au hasard l’innocence et le crime,
Tout, le mal et le bien, confusément puni,
Refermer l’océan et dire : c’est fini !
Être des hommes froids qui jamais ne s’émoussent,
Qui n’attendrissent point leur justice, et qui poussent
L’impartialité jusqu’à tout châtier !
Pour le guérir, couper le membre tout entier !
Quoi ! pour expédient prendre la mer profonde !
Au lieu d’être ceux-là par qui l’ordre se fonde,
Jeter au gouffre en tas les faits, les questions,
Les deuils que nous pleurions et que nous attestions,
La vérité, l’erreur, les hommes téméraires,
Les femmes qui suivaient leurs maris ou leurs frères,
L’enfant qui remua follement le pavé,
Et faire signe aux vents, et croire tout sauvé
Parce que sur nos maux, nos pleurs, nos inclémences,
On a fait travailler ces balayeurs immenses !

Eh bien, que voulez-vous que je vous dise, moi !
Vous avez tort. J’entends les cris, je vois l’effroi,
L’horreur, le sang, la mer, les fosses, les mitrailles,
Je blâme. Est-ce ma faute enfin ? j’ai des entrailles.
Éternel Dieu ! c’est donc au mal que nous allons ?
Ah ! pourquoi déchaîner de si durs aquilons
Sur tant d’aveuglements et sur tant d’indigences ?
Je frémis.

Sans compter que toutes ces vengeances,
C’est l’avenir qu’on rend d’avance furieux !
Travailler pour le pire en faisant pour le mieux,
Finir tout de façon qu’un jour tout recommence,
Nous appelons sagesse, hélas ! cette démence.
Flux, reflux. La souffrance et la haine sont sœurs.
Les opprimés refont plus tard des oppresseurs.

Oh ! dussé-je, coupable aussi moi d’innocence,
Reprendre l’habitude austère de l’absence,
Dût se refermer l’âpre et morne isolement,
Dussent les cieux, que l’aube a blanchis un moment,
Redevenir sur moi dans l’ombre inexorables,
Que du moins un ami vous reste, ô misérables !
Que du moins il vous reste une voix ! que du moins
Vous nous ayez, la nuit et moi, pour vos témoins ?
Le droit meurt, l’espoir tombe, et la prudence est folle.
Il ne sera pas dit que pas une parole
N’a, devant cette éclipse affreuse, protesté.
Je suis le compagnon de la calamité.
Je veux être, – je prends cette part, la meilleure, –
Celui qui n’a jamais fait le mal, et qui pleure ;
L’homme des accablés et des abandonnés.
Volontairement j’entre en votre enfer, damnés.
Vos chefs vous égaraient, je l’ai dit à l’histoire ;
Certes, je n’aurais pas été de la victoire,
Mais je suis de la chute ; et je viens, grave et seul,
Non vers votre drapeau, mais vers votre linceul.
Je m’ouvre votre tombe.

Et maintenant, huées,
Toi calomnie et toi haine, prostituées,
Ô sarcasmes payés, mensonges gratuits,
Qu’à Voltaire ont lancés Nonotte et Maupertuis,
Poings montrés qui jadis chassiez Rousseau de Bienne,
Cris plus noirs que les vents de l’ombre libyenne,
Plus vils que le fouet sombre aux lanières de cuir,
Qui forciez le cercueil de Molière à s’enfuir,
Ironie idiote, anathèmes farouches,
Ô reste de salive encor blanchâtre aux bouches
Qui crachèrent au front du pâle Jésus-Christ,
Pierre éternellement jetée à tout proscrit,
Acharnez-vous ! Soyez les bien venus, outrages.
C’est pour vous obtenir, injures, fureurs, rages,
Que nous, les combattants du peuple, nous souffrons,
La gloire la plus haute étant faite d’affronts.

(Oeuvres complètes de Victor Hugo, L’année terrible, Poésie XII)

Et l’adresse de La Toupie : http://toupie.org/

L’Éducation nationale se mord la langue

L’Éducation nationale se mord la langue

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Document « Votre enfant au collège », Ministère de l’éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche/Onisep, calendrier scolaire 0016-2017

Le Ministère de l’Éducation nationale n’honore ni la langue française ni la presse : le  calendrier scolaire 2016-2017 reflèterait-il la pensée du gouvernement?

Bientôt les Grandes vacances ? Vive la rentrée ! Pour la préparer et mieux la comprendre, les parents reçoivent un fascicule de 4 pages en couleurs, sur papier épais. Ne revenons pas sur les fausses nouveautés et la présentation lénifiante de la réforme des collèges. Arrêtons-nous sur le Calendrier scolaire 2016-2017 (en dernière page). Évitons le sujet qui fâche : l’étalement des vacances scolaires sur 3 zones qui aboutit au fait que les collégiens de la zone C passeront leur Brevet après 10 semaines de cours ininterrompues (si ce n’est par le lundi 8 mai et le pont de l’Ascension (les 25, 26, 27 et 28 mai).

L’année des 4 semaines dédiées

Seules les journées et semaines particulières nous intéressent. On découvre qu’elles sont nombreuses : Journée du sport scolaire (14 septembre 2016), Semaine de la démocratie scolaire (du 3 au 8 octobre 2016 : c’est pour mettre un nom sur l’élection des représentants des élèves et des parents), Journée de lutte contre le harcèlement (3 novembre 2016), Journée internationale des droits de l’enfant (20 novembre 2016 : elle tombe bien, c’est un dimanche), Journée de la laïcité (9 novembre 2016), Semaine des mathématiques (du 13 au 17 mars 2017), Semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme (20 au 24 mars 2017, j’ai beau développer beaucoup d’énergie mentale, je tends à considérer que le deuxième est inclus dans le premier), Semaine des langues vivantes (du 9 au 12 mai 2017, petite semaine amputée d’un jour, puisque le 8 mai est férié).

Hop,  un petit code couleur : ROSE pour la semaine des « Cérémonies républicaines de remise des diplômes du Brevet 2016 »,  et les dates de passation du Brevet des collèges 2017. JAUNE  pour les Grandes vacances… et ces journées et semaines particulière. Honni soit qui mal y pense ! Le rose, mentionne la légende, c’est pour les dates données à titre indicatif… Donc on est ferme pour le jaune (pas de légende : c’est du sérieux).

Un choix à la pertinence douteuse

Il n’est pas lieu ici de s’intéresser à l’efficacité de ces journées ou semaines dédiées à une bonne cause. On espère que les enseignants n’attendront pas le 20 mars 2017 pour intervenir face à une manifestation de racisme, ni le 3 novembre pour faire cesser un cas de harcèlement dans une de leur classe.

Il n’est pas lieu ici, de s’étonner de la schizophrénie d’un gouvernement qui,  d’un côté semble vouloir promouvoir les mathématiques, quand, de l’autre il faut une pétition de nos chercheurs  pour que les crédits accordés à la recherche ne soient pas réduits comme peau de chagrin.

Il n’est pas lieu non plus de s’interroger : pourquoi pas une semaine dédiée aux « sciences mathématiques et expérimentales », par exemples, plutôt qu’aux seules mathématiques ?

Ce qui est choquant, c’est clairement le sort réservé aux Lettres. Pas de semaine des Lettres ? ni même une petite journée ? non plus que de la francophonie ? (il est vrai que la Journée Internationale de la francophonie a quand même l’idée idiote de tomber le 20 mars… soit au beau milieu de la Semaine contre le racisme et l’antisémitisme !).

Plus de Semaine de la presse non plus ?  Cette semaine tombait en générale la troisième du mois de mars, soit ? Ah, c’est ballot, justement pour cette Semaine contre le racisme et l’antisémitisme ! Si toutes les occasions de marquer un peu le coup choisissent mal leur jour, il ne faudrait se plaindre qu’on accorde peu de crédit aux Lettres et que les lecteurs de presse chutent .

On pourrait penser que le Ministère veut éviter les sujets qui fâchent, que parler de la langue officielle depuis 1539 et l’Ordonnance de Villers-Cotterêts relève d’un danger de scission nationale ? Baste ! Ou de liberté de la presse, souvenez-vous, ce truc garantit par la constitution on a un peu parlé quand toute la France était Charlie. La laïcité, voilà une question qui pacifie les débats. Aisée à circonvenir en une heure de cours, le vendredi, entre la cantine et le car de ramassage scolaire.

Des Lettres ? et des chiffres !

Heureusement, comme se le sont entendu dire mes petites oreilles (et répéter en cascade, effet de la grâce hiérarchique) par un envoyé spécial du rectorat, qui pensait avoir parole d’autorité : « mais du français, il en font tout le temps, en histoire, en sport, en math, devant la télé ! ». Voilà qui explique tout, il ne s’agit pas d’une casse de l’enseignement de la langue d’enseignement (auxiliairement de la langue officielle de la République Française et l’une des 5 de l’ONU). Cette Semaine des mathématiques, est, en réalité, l’occasion de faire de la grammaire française et de sinuer dans les arcanes de notre patrimoine linguistique. Il faut donc comprendre Semaine de la promotion de la Langue française en lieu et place de Semaine des mathématiques, il est des maladresses qui relèvent probablement du jargon administratif.

Rien à voir avec la volonté délibérée d’empêcher de s’interroger sur la portée ou la visée d’un texte. Sur l’usage de tel ou tel vocable (pris au hasard : « otage », « terroriste », engagement », « public », « privé »). Ni sur les méthodes de manipulation par l’écrit que le seul examen des titres de presse permet de mettre en évidence. Nous voilà tous bien rassurés !

Langues vivantes ou langues mourantes ?

Parlons donc nombres : s’il est vrai qu’un enfant sort aujourd’hui du collège avec  près de 200 h de moins d’enseignement de « français » qu’il y a 40 ans (je renvoie aux textes officiels et au site Sauvons les Lettres) il ne faut rien en déduire. Il aura toute la Semaine des mathématiques pour se rattraper. Surtout si, comme en 2016, le thème transversal s’appuie sur une matière bien littéraire, comme « Maths et Sport », en regardant un peu la télé, le compte sera bon !

Des esprits malins feront remarquer qu’avec la Semaine des Langues vivantes, le français est servi. C’est ignorer le dialecte du MENESR (Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, pour ceux qui ne le parlent pas couramment.) LV, en MENERS signifie « langue vivante étrangère », par opposition aux « langues anciennes » rétrogradées aux statut de « langues mortes » par la dernière réforme et par opposition au français.

Que mon propos ne soit pas mal pris : il faut du temps pour enseigner, que ce soient les mathématiques, les lettres, les langues, l’histoire… pour prendre laisser le temps de réfléchir et de comprendre. Enseigner autrement est non seulement souhaitable mais nécessaire. Il ne s’agit pas ici de dresser une matière contre une autre. Depuis 40 ans, es tours de passe-passe horaires aboutissent à une diminution effective du temps consacré à chaque élève.

Un constat : on ancre dans le calendrier éducatif des collégiens des semaines ou des jours dédiés, qui sont autant de signaux. Parmi ces signaux : le soutien aux Mathématiques, l’absence de soutien aux Lettres, modernes ou anciennes.  Même si l’illettrisme est une priorité nationale, aucune journée d’action n’est annoncée. Il est probable que les enseignants qui le souhaitent organiseront une semaine de la presse, s’intéresseront à la francophonie et tenteront de faire en toujours un peu moins de temps aussi bien que possible.

De moins en moins d’heures d’enseignement de la langue, mais un peu de poudre de perlimpimpim sous la forme de nouveaux manuels et de discours tenus à huis-clos. La question est :  quand les professeurs de Lettres, qui voient augmenter le nombre de leurs classes par la diminution du temps passé avec chacune d’entre elles, auront-ils le temps de faire du français avec ?

 

Les crottes

Tout avait commencé avec les crottes de chiens. La prolifération des tensions citadines avait engendré la prolifération des chiens et de leurs crottes. On prenait un chien comme un animal de relaxation, comme une responsabilité facultative parfois comme ce qu’on croyait devoir être un moyen de défense.

Les chiens sont des animaux bien plus faciles à gérer que les êtres humains. Ils sont d’une docilité exemplaire, d’une fidélité à l’épreuve de toutes les infidélités, et se suffisent, somme toute, de peu de soins comparativement à un conjoint ou à toute personne de statut équivalent. La comparaison avec les enfants est sans commune mesure : sans compter le fait que l’obligation de soins ne pouvant excéder les années de vie, on se libère de bien des soucis, les chiens ont néanmoins la douce habitude de faire un nombre de sottises qui donnent le sentiment à leur propriétaire qu’ils ont une utilité dans la vie. Cette fonction est appréciable, particulièrement pour tous ceux qui ont toujours refusé d’alourdir leur destin par l’élevage d’enfants.

Bref, tout a commencé à cause des crottes de chiens. Il est devenu soudainement évident à tous que les crottes de chiens étaient un chancre citadin. Il fallait agir, d’autant que ces déjections se déversaient dans les égouts, ce qui effraya toute une foule d’inconscients qui ne se rendaient pas compte de la destinée de leur propre activité instestinale.

Peu à peu, il parut manifeste que les crottes de chien étaient non seulement sales, mais dangereuses. On commença à calculer le nombre d’accidents déclarés dont elles étaient cause. Les chiffres avancés suffisaient à prouver que le coût pour la collectivité était énorme. Les crottes de chiens devinrent rapidement un enjeu national. Il apparut non seulement logique, mais juste, de lever un impôt spécifique sur les crottes de chiens.

Le premier écueil, qui aurait dû inquiéter chacun, fut de cerner la nature de la chose imposable. Des associations se constituèrent pour prouver que les chiens étaient d’abord des compagnons, sinon de misère, du moins de solitude et que c’était cette dernière qu’il fallait combattre. Certaines   tentèrent d’obtenir la création d’une grille de calcul fiable ou forfaitaire. D’autres essayèrent de faire voter un amendement, surnommé par les mauvaises langues « l’alinéa foireux », spécifiant des cas de dispense – par exemple pour maladie constatée par un vétérinaire. Mais la période ne leur était guère favorable, et il faut dire que la tendance était plutôt à la ponction fiscale. Il fut finalement décidé que les chiens devaient se soulager dans des crottoirs spécifiques. Chaque animal devait être porteur d’une puce électronique d’identification qui permettait d’envoyer chaque mois au propriétaire le montant fidèle à payer. On peut dire sans exagérer que la puce fit passer la taxe. Ainsi sous l’espoir de ne plus perdre leur cher animal, les propriétaires perdirent de vue qu’ils se voyaient ponctionner des sommes considérables aux crottoirs. Ils étaient libres de payer pour nourrir la bête et de payer pour qu’elle déféquât.

Cette liberté de démagogue ne les enchanta pas tous : les chiens les plus gentils n’entraînent pas nécessairement l’ivresse de l’ardoise fiscale. Une certaine forme de fraude s’instaura. On vit donc certains n’amener leur quadrupède qu’une fois le jour à « l’exonérateur » comme fut bientôt baptisé le crottoir électronique. Et le soir, serrés dans des vêtements qui se voulaient méconnaissables, tirer leurs cabots à l’ombre des réverbères. On créa en réponse la BriReCC (Brigade de Répression des Crottes Clandestines). Des terribles, accompagnés de chiens policiers génétiquement modifiés. Ça ne mange presque pas et ça ne fait qu’uriner. Des fortunes biologiques. Certains allèrent alors jusqu’à promener leur chien avec des couches le jour, pour être certains de ne pas être pénalisés. Préférant, quitte à payer, ne pas verser au fisc. Cela donna lieu à de grandes envolées indignées au Parlement : où étaient les citoyens ?

C’est à ce moment que nous aurions tous dû réagir, cette loi serait sans doute tombée en désuétude et tout aurait été pour le mieux. Ce fut l’inverse qui arriva. Ce comportement antisocial choqua ouvertement d’autres, qui ne se privèrent pas pour le dire par médias interposés, voire exploités.

Et c’est ainsi que peu à peu, le chien, pourtant animal complice du pouvoir policier pendant des décennies, devint l’emblème de la rébellion. Ainsi les Canigènes se présentèrent aux élections et recueillirent des voix de la part-même d’électeurs sans chien, juste parce qu’ils symbolisaient une certaine image de la liberté. Que n’avons-nous pas su voir que cette histoire de crotte dissimulait une vaste manipulation sociale et financière ? Comment avons-nous pu être si naïfs, ou seulement si indifférents ?

Toujours est-il que, peu à peu, sauf exceptions particulièrement notables, le plus souvent financées par de grands groupes d’intérêts, comme on l’apprit par la suite, la fraude devint systématique.

Elle était multiforme, active et méthodique.

Il y eut, en tout premier lieu, des fabricants de nourriture canine qui inventèrent des aliments réduisant le volume produit, et par là, la ponction fiscale. Puis ce furent des dresseurs qui se spécialisèrent dans l’apprentissage de « l’hygiène domestique », qui consistait ni plus ni moins à apprendre aux toutous l’usage des toilettes humaines. Evidemment, au vu des différences anatomiques, un célèbre créateur de sanitaires trouva plus judicieux de proposer toute une gamme « spécifique » qui fit fureur, pour le simple plaisir d’échapper au chemin imposé, car, en vérité, le prix de ces sanitaires était exorbitant.

Peu à peu les crottoirs, pourtant vendus un prix d’or aux collectivités locales, ficelées à l’obligation d’en fournir, et pressées de récupérer la mise de départ, furent désertés. Il apparut clairement que, par une méthode ou par une autre, les propriétaires faisaient en sorte de se débarrasser des excréments canins avec ceux des humains.

Alors voilà, depuis quelques semaines, l’identification humaine par puce électronique est devenue obligatoire. Pratiquée dès la naissance, elle permet tout à la fois d’éviter les vols d’enfants, les disparitions non élucidées, la création de cartes de crédits et de fidélités, nuisibles à l’environnement et même la surveillance judiciaire des criminels et autres délinquants. Quant à nous tous, elle nous a été imposée facilement : pas d’eau aux non-identifiés.

Le nouvel impôt est apparu presque immédiatement : toute déjection est désormais taxée selon le juste principe du pollueur-payeur. Il n’a fallu que quelques semaines aux réseaux d’assainissement pour adapter des compteurs individuels. Cela fait dire à certains que les chiens n’étaient qu’une première marche, voire un prétexte. Nous sommes assimilés, nous aussi à des chiens. Mais la fraude libertaire s’organise. Nous trouverons des biais pour ne pas nous soumettre. Dès à présent, des réunions secrètes, en des lieux de brouillage électronique, se tiennent pour évaluer des stratégies efficaces contre les grands groupes internationaux qui ont manigancé cette histoire. Nous trouverons des solutions.

Sur ce, ne m’en voulez pas, mais je crains de rencontrer une BriReC, et vu ce que je dissimule sur moi, je risque une peine de torture par simulation électronique de cauchemars, pour me faire avouer le nom de mes complices, voire un emprisonnement à vie. Si vous le permettez, je vais déposer ce fardeau en un lieu où on ne risque pas de me taxer. Et la prochaine fois, méfiez-vous des trop propres sur eux. Parole d’artiste.

Vent espagnol ou racisme de salon… quand la critique politique passe par l’insinuation raciste.

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Rue des Pyrénées, Paris.

Il est depuis quelques temps une mode insidieuse et venimeuse : le racisme de salon. Il est souriant et flatteur, il est décomplexé et se profère sur place publique, comme un bonne plaisanterie qui devient anodine par la répétition de son précédé. Petit exemple…

Les  dernières municipales parisiennes ont, finalement, vu s’affronter deux femmes. Curieusement, contre Anne Hidalgo ont convergé les évocations de son « sang espagnol », comme argument politique. Ainsi Paris Match évoque les « yeux de braise », de la « Belle de Cadix » ou  encore d’une « façade langoureuse », filant la métaphore de la Carmen qui conduit le naïf à la mort…  Le Huffington, ne rechigne pas à parler de son « oeil de braise sous une chevelure noir de jais »  repris par L’Obs qui  relève en inter-titre qu’elle est « née en Espagne ». Autant de poncifs inintéressants qui sensés expliquer une partie de son caractère et de sa politique. Comme Manuel Valls est alors en pleine ascension auprès du président de la République, on entend ou lit  des allégations sur les percées hispaniques en politique française. La version espagnole du Huffingtion post se demandant même qui gouverne la France…  interrogation reprise par le 20 Minutes ou le site de l’Obs & Rue 89, comme si elle se posait réellement. A-t-on suggéré que les Balkans dirigeait l’État sous la précédente mandature ? Même du temps où il est apparu que des Corses morts avaient élu un futur maire de Paris, personne n’a  officiellement évoqué une filière corse. On parlait de système, mais c’était des personnes qui étaient individuellement incriminées.

Dans ces temps fragiles, où tout à la fois on évoque la construction européenne et la nécessaire intégration des populations issues de l’immigration (entendez des enfants des immigrés Africains magrébins ou sub-sahariens), voilà bien où la faiblesse de la réflexion politique est arrivée !  40 ans après la mort de Franco et l’adhésion de l’Espagne à la communauté européenne, on n’encourage pas vraiment les enfants d’immigrés à croire à la réalité de l’intégration, et à celle d’une forme d’indifférence nationale aux nationalités des parents ou grand-parents des enfants de la République.

On pouvait croire que cette poussée épidermique était terminée, que des événements plus graves et que la montée d’un parti qui s’appuie sur ce type d’exclusion servaient de cure efficace. Que nenni. Ainsi aux Informés de l’info, mercredi 21 avril 2016, sur France Info, on a entendu une remarque édifiante d’un certain Frank Tapiro. On est à la 12e minute de l’émission, et on parle alors de l’interview de Manuel Valls, le matin-même sur l’antenne. Et ce monsieur Tapiro prononce cette phrase à propos du premier ministre : « Il reprend le centre de l’arène » et après un temps d’hésitation (la plaisanterie sera-t-elle appréciée, relevée ?), il ajoute « en bon Catalan qu’il est ». ET là? Là? Rien. Personne ne rit, mais personne ne signale à ce fils d’émigré juif espagnol qu’il est des blagues qui ne se font pas, qui ne se pensent pas, et que si on les pense, on a la décence, quand on se croit communicant, de ne pas les communiquer en public. Ce n’est pas le directeur d’Hémisphère droit, agence de communication, ni celui qui a trouvé des slogans pour l’ancien chef de l’État qui est attaqué ici. C’est l’indulgence coupable de laisser proférer en public des propos à connotations racistes.

Car personne ne fait remarquer à ce monsieur que d’être « communicant » n’est pas un titre qui protège des obligations légales à défaut d’être « naturellement » morales (on retrouve de manière récurrente cette mention de la Nature et du naturel sur le site d’Hémisphère droit, site qui œuvre à des démarches qui n’ont pourtant rien de « naturel » : on sait depuis Edward Bernays et son ouvrage Propaganda, que la communication n’est qu’une forme de propagande).

« prototype » et clichés

Ce soir-là, on passe muscade et on enchaîne… C’est tout aussi navrant que le ministre Brice Hortefeux plaisantant (je cite Le Monde) : le 5 septembre 2009, avec Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée, et un groupe de militants dont Amine Benalia-Brouch, qui voulait être pris en photo avec lui. « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière », dit une dame sur la vidéo tournée par des journalistes de la chaîne Public Sénat. « Ben oui », dit mollement le jeune homme, Brice Hortefeux répond, « Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspondant pas du tout au prototype alors. C’est pas ça du tout ». Sauf que monsieur Hortefeux va être justement poursuivi. Mais une remarque de communicant, toute aussi venimeuse, tout aussi bêtement appuyée sur des clichés racistes, prononcée dans un studio d’une radio de service public, devant une responsable politique LR, vice-présidente de région, et trois journalistes, elle,  est devenue acceptable. Cinq ans ont passé.

Certains commenceront à arguer que ce n’est pas du « racisme », pas exactement, car il faudrait alors être certain que les Catalans relèvent d’une race. Soyons sérieux. C’est clairement ce que le langage courant appelle du racisme. Si monsieur Valls était du Loir-et-Cher, on ne le comparerait pas à un picador. Si madame Hidalgo était de la région bordelaise, on ne parlerait pas d’elle comme d’une « belle Andalouse ». Il faut cesser d’oser le cliché (que je continue à nommer) raciste. Il est suffisamment de bons reproches économiques ou politiques à faire aux uns ou aux autres. Inutile, quand on est une personne respectable de demeurer au niveau de la cour de récréation des CP qui se moquent des patronymes ou des traits physiques. Ce n’est pas parce qu’on est d’origine espagnole qu’on aime fouler le sable, le rue des Pyrénées ou manger tous les jours de la paella.

Par contre, par ces traits qu’on croit drôles (sinon, pourquoi ?) effectivement, on envoie clairement comme message aux jeunes Français dont les parents, parfois les grand-parents, sont nés ailleurs qu’il ne faut pas rêver, qu’ils ne seront jamais pris pour des Français comme les autres, ce qui est bête. Et d’autant plus absurde qu’on est issu d’une famille qui a su à quoi peuvent mener les insultes contre un chef de gouvernement : il y a un siècle d’aucuns reprochaient à Léon Blum d’être juif.

Alors quand, devant vous, par cette facilité commode qui fait attaquer les gens non sur ce qu’ils font et ce qu’ils ont choisi d’être, mais sur ce qu’ils sont ou sont sensés être, ne jouez pas aux faibles d’esprit : il est en général suffisamment de mots et suffisamment d’idées pour défendre les valeurs de notre République.

 

des nouvelles de mon bureau (de vote)

C’est un peu la même chose à chaque fois : quand je vais dépouiller dans mon petit bureau, je reviens enchantée que la France soit multicolore, progressiste et enfouisse les discours et les idées fachoïsantes plus profond que terre.
Et puis, je rentre chez moi, je regarde la nouvelle carte électorale…et je me souviens que je vis à Paris, dans l’est de Paris ! Pour les 1553 inscrits de mon bureau, hier 874 personnes ont fait la queue pour voter ( presque, car il y avait deux douzaines de procurations), et 833 faisaient usage d’un vote exprimé selon les critères du ministère de l’Intérieur.

54 personnes ont voté FN, 145 Pécresse et 634 pour la liste PS-FG-EELV.

Surtout, il y avait des jeunes, qui venaient voter pour la première fois, avec la fierté d’être des Français d’ici, issus des 1ère, 2e et 3e générations. Car quoi qu’en disent aujourd’hui les analystes, il en est, dans notre « paysage politique » pour qui ce n’est pas pareil d’avoir ou de n’avoir pas « des origines » (ils préfèrent ne pas dirent étrangères ni visibles, mais ce bruyant silence, qui ne l’entend pas, dites , qui ne l’entend vraiment pas ??). Tout le monde a des origines (voir Sans origine contrôlée). Et hier, avoir « des origines » ne signifiait pas être un demi-citoyen, ou un citoyen moins bien famé a priori, c’était honorer le cheminement des parents vers notre petite terre de libertés et de partage.

Il y avait cette jeune fille, Noire, les yeux brillants de dépouiller pour la première fois, à la même table que cette cinquantenaire, Blanche, qui n’avait jamais, non plus, participer à cet acte de démocratie active.

Il y avait des personnes qui revenaient au bureau, qui n’avaient plus voté depuis 2005 (la ratification de la Constitution européenne, telle qu’appliquée contre la volonté de trois peuples ( Pays-Bas, Irlande et France), de trois pays à qui on avait promis le droit de véto référendaire, pour mémoire).

Il y avait beaucoup de personnes âgées, avec leurs enfants et parfois petits-enfants, aux prénoms bien français, bien franchouillards, mais des deuxièmes et troisièmes parfois quatrièmes prénoms, qui disent comme des secrets d’exils qu’on ne veut pas oublier…

Il y avait beaucoup de personnes qui ne pouvaient pas participer au dépouillement : « Désolé(e) : on regarde les résultats, ce soir, en famille ».

Au premier tour, 718 personnes s’étaient déplacées…Oui, sauf erreur, plus de 20% de personnes sont venir dire, ce dimanche 13 décembre 2015, un mois après des actes de tuerie sanglante, qu’ils préféraient imaginer l’avenir des leurs et des autres sans haine et sans reproche. Malgré le fait que les Socialistes oublient beaucoup leur sort entre les élections, ne les comprennent pas ou n’imaginent même pas ce que peut être leurs vies, le score de la liste Bartolone était écrasant…  mais nous sommes à l’est de Paris !

Alors, on espère que tous, ces électeurs, moi y compris, allons trouver la force, de construire ensemble un programme de société de gauche, applicable et qui donne envie de se lancer, un peu partout en France, dans la lutte contre l’énorme machine à créer de l’exil et de la misère qui est à l’oeuvre à la surface de notre globe. Pour dépouiller ensemble, la prochaine fois, des bulletins qui ne seront pas seulement à l’image de notre petit bureau : bureau-test de la préfecture, dépouillé d’espoir ès qu’il regarde au-delà des buttes de Belleville et de Ménilmontant.

hasta la victoria ! hoy y siempre.

 

J’y étais pas… mais un témoignage d’une qui y était

Le 29 novembre, c’était programmé depuis longtemps : une manifestation pour faire pression sur les décisions de la COP21, devenue interdite… par le fait d’un choix qui satisferait ceux qui cherchent à tuer la libre-pensée.

Témoignage d’une manifestante, place de la République, Paris.

1er mai 2015

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Moissons d’hiver

L’hiver a commencé, aujourd’hui 21 novembre, à Paris. 8 jours après la soudaine prise de conscience collective que les fruits des graines que nous avons semées dans l’égoïsme colonial du profit indifférent aux souffrances d’autrui, nous ont explosé en pleine face.

L’hiver s’annonce froid et aussi glacial qu’octobre a été étrangement doux.
Des rendez-vous impromptus entre les événements se sont noués. La sortie du livre d’un juge anti-terroriste, la sortie d’une série qui traite d’indépendance par rapport aux énergies fossiles…le décret d’un couvre-feu pour un « quartier », une capitale européenne instaurée ville-morte par la fermeture de son métro et des magasins de centre-ville, un état d’urgence peut-être plus utile que des lois sur le renseignement et anti-terroriste. Qui dépose le pouvoir dans les mains d’un seul homme…et si l’homme est remplacé par un autre, ou par une certaine femme, à la « clairvoyance » dichotomique ? Qu’adviendrait-il ? Nul ne le dit…
Moissons d’hiver, alors que les fleurs et les couronnes parisiennes deviennent déjà l’objet de prédilection des touristes et photographes amateurs.

On pense à la chaleur des blés, à leur parfum un peu poussiéreux, et à la fraîcheur des céréales en herbe.

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Le théâtre de l’Assemblée

 

 

Par la salle des Quatre-Colonnes, nos députés et nos ministres ne sont pas contraints de passer pour entrer dans l’cropped-IMG_7142.jpghémicycle. Quand ils le font, c’est au risque, parfois recherché, de paraître sur l’avant de la scène de ce théâtre qu’est parfois la politique. Parfois, aussi, c’est pour pouvoir devant micros et caméras rendre publique une déclaration faite dans l’enceinte de l’Assemblée.

 

IMG_7203Élisabeth Guigou, Discussion de la loi sur le Renseignement, une occasion pour parler d’une guerre qui dure…

Assemblée nationale, 2015, Paris.

 

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Laurent Baumel, Assemblée Nationale, Paris, 2015.

Comment expliquer que son parti ne trahit pas sa pensée quand elle a déjà trahit ses engagements ?

 

 

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Éric Woerth, une relaxe au goût de victoire,

16 juin 2015, Assemblée Nationale, Paris.

un regard sur la photographie de presse

cropped-IMG_1328.jpgEnquête métier 8

Vous arrivez à décrocher ? Difficile !

Nous en sommes encore à l’état d’ébauche…il faudrait en même temps gérer la vie quotidienne, et avouer qu’on est frappé sans l’être.
Chacun est resté plus ou moins suspendu aux ondes, quitte à zapper brusquement, comme lorsqu’on remonte un peu trop vite à la surface, sous peine d’étouffer. Cette interface est ouverte, en succession d’un simple porte-folio, au lendemain d’événements qui, égrenés depuis des années comme un quotidien d’ailleurs, nous ont rappelés que, frères humains, à la surface de cette terre, nous n’étions pas en paix..
Bienvenus, à tous, sur cet espace d’images, et de mots.