claire/ décembre 14, 2015/ Pêle-mêle

C’est un peu la même chose à chaque fois : quand je vais dépouiller dans mon petit bureau, je reviens enchantée que la France soit multicolore, progressiste et enfouisse les discours et les idées fachoïsantes plus profond que terre.
Et puis, je rentre chez moi, je regarde la nouvelle carte électorale…et je me souviens que je vis à Paris, dans l’est de Paris ! Pour les 1553 inscrits de mon bureau, hier 874 personnes ont fait la queue pour voter ( presque, car il y avait deux douzaines de procurations), et 833 faisaient usage d’un vote exprimé selon les critères du ministère de l’Intérieur.

54 personnes ont voté FN, 145 Pécresse et 634 pour la liste PS-FG-EELV.

Surtout, il y avait des jeunes, qui venaient voter pour la première fois, avec la fierté d’être des Français d’ici, issus des 1ère, 2e et 3e générations. Car quoi qu’en disent aujourd’hui les analystes, il en est, dans notre « paysage politique » pour qui ce n’est pas pareil d’avoir ou de n’avoir pas « des origines » (ils préfèrent ne pas dirent étrangères ni visibles, mais ce bruyant silence, qui ne l’entend pas, dites , qui ne l’entend vraiment pas ??). Tout le monde a des origines (voir Sans origine contrôlée). Et hier, avoir « des origines » ne signifiait pas être un demi-citoyen, ou un citoyen moins bien famé a priori, c’était honorer le cheminement des parents vers notre petite terre de libertés et de partage.

Il y avait cette jeune fille, Noire, les yeux brillants de dépouiller pour la première fois, à la même table que cette cinquantenaire, Blanche, qui n’avait jamais, non plus, participer à cet acte de démocratie active.

Il y avait des personnes qui revenaient au bureau, qui n’avaient plus voté depuis 2005 (la ratification de la Constitution européenne, telle qu’appliquée contre la volonté de trois peuples ( Pays-Bas, Irlande et France), de trois pays à qui on avait promis le droit de véto référendaire, pour mémoire).

Il y avait beaucoup de personnes âgées, avec leurs enfants et parfois petits-enfants, aux prénoms bien français, bien franchouillards, mais des deuxièmes et troisièmes parfois quatrièmes prénoms, qui disent comme des secrets d’exils qu’on ne veut pas oublier…

Il y avait beaucoup de personnes qui ne pouvaient pas participer au dépouillement : « Désolé(e) : on regarde les résultats, ce soir, en famille ».

Au premier tour, 718 personnes s’étaient déplacées…Oui, sauf erreur, plus de 20% de personnes sont venir dire, ce dimanche 13 décembre 2015, un mois après des actes de tuerie sanglante, qu’ils préféraient imaginer l’avenir des leurs et des autres sans haine et sans reproche. Malgré le fait que les Socialistes oublient beaucoup leur sort entre les élections, ne les comprennent pas ou n’imaginent même pas ce que peut être leurs vies, le score de la liste Bartolone était écrasant…  mais nous sommes à l’est de Paris !

Alors, on espère que tous, ces électeurs, moi y compris, allons trouver la force, de construire ensemble un programme de société de gauche, applicable et qui donne envie de se lancer, un peu partout en France, dans la lutte contre l’énorme machine à créer de l’exil et de la misère qui est à l’oeuvre à la surface de notre globe. Pour dépouiller ensemble, la prochaine fois, des bulletins qui ne seront pas seulement à l’image de notre petit bureau : bureau-test de la préfecture, dépouillé d’espoir ès qu’il regarde au-delà des buttes de Belleville et de Ménilmontant.

hasta la victoria ! hoy y siempre.

 

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