claire/ avril 24, 2016/ humeur, Pêle-mêle, politique/ 1 comments

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Rue des Pyrénées, Paris.

Il est depuis quelques temps une mode insidieuse et venimeuse : le racisme de salon. Il est souriant et flatteur, il est décomplexé et se profère sur place publique, comme un bonne plaisanterie qui devient anodine par la répétition de son précédé. Petit exemple…

Les  dernières municipales parisiennes ont, finalement, vu s’affronter deux femmes. Curieusement, contre Anne Hidalgo ont convergé les évocations de son « sang espagnol », comme argument politique. Ainsi Paris Match évoque les « yeux de braise », de la « Belle de Cadix » ou  encore d’une « façade langoureuse », filant la métaphore de la Carmen qui conduit le naïf à la mort…  Le Huffington, ne rechigne pas à parler de son « oeil de braise sous une chevelure noir de jais »  repris par L’Obs qui  relève en inter-titre qu’elle est « née en Espagne ». Autant de poncifs inintéressants qui sensés expliquer une partie de son caractère et de sa politique. Comme Manuel Valls est alors en pleine ascension auprès du président de la République, on entend ou lit  des allégations sur les percées hispaniques en politique française. La version espagnole du Huffingtion post se demandant même qui gouverne la France…  interrogation reprise par le 20 Minutes ou le site de l’Obs & Rue 89, comme si elle se posait réellement. A-t-on suggéré que les Balkans dirigeait l’État sous la précédente mandature ? Même du temps où il est apparu que des Corses morts avaient élu un futur maire de Paris, personne n’a  officiellement évoqué une filière corse. On parlait de système, mais c’était des personnes qui étaient individuellement incriminées.

Dans ces temps fragiles, où tout à la fois on évoque la construction européenne et la nécessaire intégration des populations issues de l’immigration (entendez des enfants des immigrés Africains magrébins ou sub-sahariens), voilà bien où la faiblesse de la réflexion politique est arrivée !  40 ans après la mort de Franco et l’adhésion de l’Espagne à la communauté européenne, on n’encourage pas vraiment les enfants d’immigrés à croire à la réalité de l’intégration, et à celle d’une forme d’indifférence nationale aux nationalités des parents ou grand-parents des enfants de la République.

On pouvait croire que cette poussée épidermique était terminée, que des événements plus graves et que la montée d’un parti qui s’appuie sur ce type d’exclusion servaient de cure efficace. Que nenni. Ainsi aux Informés de l’info, mercredi 21 avril 2016, sur France Info, on a entendu une remarque édifiante d’un certain Frank Tapiro. On est à la 12e minute de l’émission, et on parle alors de l’interview de Manuel Valls, le matin-même sur l’antenne. Et ce monsieur Tapiro prononce cette phrase à propos du premier ministre : « Il reprend le centre de l’arène » et après un temps d’hésitation (la plaisanterie sera-t-elle appréciée, relevée ?), il ajoute « en bon Catalan qu’il est ». ET là? Là? Rien. Personne ne rit, mais personne ne signale à ce fils d’émigré juif espagnol qu’il est des blagues qui ne se font pas, qui ne se pensent pas, et que si on les pense, on a la décence, quand on se croit communicant, de ne pas les communiquer en public. Ce n’est pas le directeur d’Hémisphère droit, agence de communication, ni celui qui a trouvé des slogans pour l’ancien chef de l’État qui est attaqué ici. C’est l’indulgence coupable de laisser proférer en public des propos à connotations racistes.

Car personne ne fait remarquer à ce monsieur que d’être « communicant » n’est pas un titre qui protège des obligations légales à défaut d’être « naturellement » morales (on retrouve de manière récurrente cette mention de la Nature et du naturel sur le site d’Hémisphère droit, site qui œuvre à des démarches qui n’ont pourtant rien de « naturel » : on sait depuis Edward Bernays et son ouvrage Propaganda, que la communication n’est qu’une forme de propagande).

« prototype » et clichés

Ce soir-là, on passe muscade et on enchaîne… C’est tout aussi navrant que le ministre Brice Hortefeux plaisantant (je cite Le Monde) : le 5 septembre 2009, avec Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée, et un groupe de militants dont Amine Benalia-Brouch, qui voulait être pris en photo avec lui. « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière », dit une dame sur la vidéo tournée par des journalistes de la chaîne Public Sénat. « Ben oui », dit mollement le jeune homme, Brice Hortefeux répond, « Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspondant pas du tout au prototype alors. C’est pas ça du tout ». Sauf que monsieur Hortefeux va être justement poursuivi. Mais une remarque de communicant, toute aussi venimeuse, tout aussi bêtement appuyée sur des clichés racistes, prononcée dans un studio d’une radio de service public, devant une responsable politique LR, vice-présidente de région, et trois journalistes, elle,  est devenue acceptable. Cinq ans ont passé.

Certains commenceront à arguer que ce n’est pas du « racisme », pas exactement, car il faudrait alors être certain que les Catalans relèvent d’une race. Soyons sérieux. C’est clairement ce que le langage courant appelle du racisme. Si monsieur Valls était du Loir-et-Cher, on ne le comparerait pas à un picador. Si madame Hidalgo était de la région bordelaise, on ne parlerait pas d’elle comme d’une « belle Andalouse ». Il faut cesser d’oser le cliché (que je continue à nommer) raciste. Il est suffisamment de bons reproches économiques ou politiques à faire aux uns ou aux autres. Inutile, quand on est une personne respectable de demeurer au niveau de la cour de récréation des CP qui se moquent des patronymes ou des traits physiques. Ce n’est pas parce qu’on est d’origine espagnole qu’on aime fouler le sable, le rue des Pyrénées ou manger tous les jours de la paella.

Par contre, par ces traits qu’on croit drôles (sinon, pourquoi ?) effectivement, on envoie clairement comme message aux jeunes Français dont les parents, parfois les grand-parents, sont nés ailleurs qu’il ne faut pas rêver, qu’ils ne seront jamais pris pour des Français comme les autres, ce qui est bête. Et d’autant plus absurde qu’on est issu d’une famille qui a su à quoi peuvent mener les insultes contre un chef de gouvernement : il y a un siècle d’aucuns reprochaient à Léon Blum d’être juif.

Alors quand, devant vous, par cette facilité commode qui fait attaquer les gens non sur ce qu’ils font et ce qu’ils ont choisi d’être, mais sur ce qu’ils sont ou sont sensés être, ne jouez pas aux faibles d’esprit : il est en général suffisamment de mots et suffisamment d’idées pour défendre les valeurs de notre République.

 

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