claire/ juin 10, 2016/ éducation, humeur, Pêle-mêle/ 0 comments

L’Éducation nationale se mord la langue

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Document « Votre enfant au collège », Ministère de l’éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche/Onisep, calendrier scolaire 0016-2017

Le Ministère de l’Éducation nationale n’honore ni la langue française ni la presse : le  calendrier scolaire 2016-2017 reflèterait-il la pensée du gouvernement?

Bientôt les Grandes vacances ? Vive la rentrée ! Pour la préparer et mieux la comprendre, les parents reçoivent un fascicule de 4 pages en couleurs, sur papier épais. Ne revenons pas sur les fausses nouveautés et la présentation lénifiante de la réforme des collèges. Arrêtons-nous sur le Calendrier scolaire 2016-2017 (en dernière page). Évitons le sujet qui fâche : l’étalement des vacances scolaires sur 3 zones qui aboutit au fait que les collégiens de la zone C passeront leur Brevet après 10 semaines de cours ininterrompues (si ce n’est par le lundi 8 mai et le pont de l’Ascension (les 25, 26, 27 et 28 mai).

L’année des 4 semaines dédiées

Seules les journées et semaines particulières nous intéressent. On découvre qu’elles sont nombreuses : Journée du sport scolaire (14 septembre 2016), Semaine de la démocratie scolaire (du 3 au 8 octobre 2016 : c’est pour mettre un nom sur l’élection des représentants des élèves et des parents), Journée de lutte contre le harcèlement (3 novembre 2016), Journée internationale des droits de l’enfant (20 novembre 2016 : elle tombe bien, c’est un dimanche), Journée de la laïcité (9 novembre 2016), Semaine des mathématiques (du 13 au 17 mars 2017), Semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme (20 au 24 mars 2017, j’ai beau développer beaucoup d’énergie mentale, je tends à considérer que le deuxième est inclus dans le premier), Semaine des langues vivantes (du 9 au 12 mai 2017, petite semaine amputée d’un jour, puisque le 8 mai est férié).

Hop,  un petit code couleur : ROSE pour la semaine des « Cérémonies républicaines de remise des diplômes du Brevet 2016 »,  et les dates de passation du Brevet des collèges 2017. JAUNE  pour les Grandes vacances… et ces journées et semaines particulière. Honni soit qui mal y pense ! Le rose, mentionne la légende, c’est pour les dates données à titre indicatif… Donc on est ferme pour le jaune (pas de légende : c’est du sérieux).

Un choix à la pertinence douteuse

Il n’est pas lieu ici de s’intéresser à l’efficacité de ces journées ou semaines dédiées à une bonne cause. On espère que les enseignants n’attendront pas le 20 mars 2017 pour intervenir face à une manifestation de racisme, ni le 3 novembre pour faire cesser un cas de harcèlement dans une de leur classe.

Il n’est pas lieu ici, de s’étonner de la schizophrénie d’un gouvernement qui,  d’un côté semble vouloir promouvoir les mathématiques, quand, de l’autre il faut une pétition de nos chercheurs  pour que les crédits accordés à la recherche ne soient pas réduits comme peau de chagrin.

Il n’est pas lieu non plus de s’interroger : pourquoi pas une semaine dédiée aux « sciences mathématiques et expérimentales », par exemples, plutôt qu’aux seules mathématiques ?

Ce qui est choquant, c’est clairement le sort réservé aux Lettres. Pas de semaine des Lettres ? ni même une petite journée ? non plus que de la francophonie ? (il est vrai que la Journée Internationale de la francophonie a quand même l’idée idiote de tomber le 20 mars… soit au beau milieu de la Semaine contre le racisme et l’antisémitisme !).

Plus de Semaine de la presse non plus ?  Cette semaine tombait en générale la troisième du mois de mars, soit ? Ah, c’est ballot, justement pour cette Semaine contre le racisme et l’antisémitisme ! Si toutes les occasions de marquer un peu le coup choisissent mal leur jour, il ne faudrait se plaindre qu’on accorde peu de crédit aux Lettres et que les lecteurs de presse chutent .

On pourrait penser que le Ministère veut éviter les sujets qui fâchent, que parler de la langue officielle depuis 1539 et l’Ordonnance de Villers-Cotterêts relève d’un danger de scission nationale ? Baste ! Ou de liberté de la presse, souvenez-vous, ce truc garantit par la constitution on a un peu parlé quand toute la France était Charlie. La laïcité, voilà une question qui pacifie les débats. Aisée à circonvenir en une heure de cours, le vendredi, entre la cantine et le car de ramassage scolaire.

Des Lettres ? et des chiffres !

Heureusement, comme se le sont entendu dire mes petites oreilles (et répéter en cascade, effet de la grâce hiérarchique) par un envoyé spécial du rectorat, qui pensait avoir parole d’autorité : « mais du français, il en font tout le temps, en histoire, en sport, en math, devant la télé ! ». Voilà qui explique tout, il ne s’agit pas d’une casse de l’enseignement de la langue d’enseignement (auxiliairement de la langue officielle de la République Française et l’une des 5 de l’ONU). Cette Semaine des mathématiques, est, en réalité, l’occasion de faire de la grammaire française et de sinuer dans les arcanes de notre patrimoine linguistique. Il faut donc comprendre Semaine de la promotion de la Langue française en lieu et place de Semaine des mathématiques, il est des maladresses qui relèvent probablement du jargon administratif.

Rien à voir avec la volonté délibérée d’empêcher de s’interroger sur la portée ou la visée d’un texte. Sur l’usage de tel ou tel vocable (pris au hasard : « otage », « terroriste », engagement », « public », « privé »). Ni sur les méthodes de manipulation par l’écrit que le seul examen des titres de presse permet de mettre en évidence. Nous voilà tous bien rassurés !

Langues vivantes ou langues mourantes ?

Parlons donc nombres : s’il est vrai qu’un enfant sort aujourd’hui du collège avec  près de 200 h de moins d’enseignement de « français » qu’il y a 40 ans (je renvoie aux textes officiels et au site Sauvons les Lettres) il ne faut rien en déduire. Il aura toute la Semaine des mathématiques pour se rattraper. Surtout si, comme en 2016, le thème transversal s’appuie sur une matière bien littéraire, comme « Maths et Sport », en regardant un peu la télé, le compte sera bon !

Des esprits malins feront remarquer qu’avec la Semaine des Langues vivantes, le français est servi. C’est ignorer le dialecte du MENESR (Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, pour ceux qui ne le parlent pas couramment.) LV, en MENERS signifie « langue vivante étrangère », par opposition aux « langues anciennes » rétrogradées aux statut de « langues mortes » par la dernière réforme et par opposition au français.

Que mon propos ne soit pas mal pris : il faut du temps pour enseigner, que ce soient les mathématiques, les lettres, les langues, l’histoire… pour prendre laisser le temps de réfléchir et de comprendre. Enseigner autrement est non seulement souhaitable mais nécessaire. Il ne s’agit pas ici de dresser une matière contre une autre. Depuis 40 ans, es tours de passe-passe horaires aboutissent à une diminution effective du temps consacré à chaque élève.

Un constat : on ancre dans le calendrier éducatif des collégiens des semaines ou des jours dédiés, qui sont autant de signaux. Parmi ces signaux : le soutien aux Mathématiques, l’absence de soutien aux Lettres, modernes ou anciennes.  Même si l’illettrisme est une priorité nationale, aucune journée d’action n’est annoncée. Il est probable que les enseignants qui le souhaitent organiseront une semaine de la presse, s’intéresseront à la francophonie et tenteront de faire en toujours un peu moins de temps aussi bien que possible.

De moins en moins d’heures d’enseignement de la langue, mais un peu de poudre de perlimpimpim sous la forme de nouveaux manuels et de discours tenus à huis-clos. La question est :  quand les professeurs de Lettres, qui voient augmenter le nombre de leurs classes par la diminution du temps passé avec chacune d’entre elles, auront-ils le temps de faire du français avec ?

 

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