claire/ juin 9, 2017/ Le Havre, politique, vues pointues/ 3 comments

Le Havre

Quelques heures avant la clôture de la campagne du premier tour des élections législatives, au Havre, l’opinion de deux candidats de gauche de la 7e circonscription de Seine-Maritime sur la gestion municipale du
Premier ministre en exercice.

Le Havre, vue des arches monumentales depuis l’Hôtel de ville, juin 2017, ©Claire Merrien

La question qui se pose est de savoir si monsieur Édouard Philippe, le premier premier ministre du président Macron, qui est montré comme un modèle courtois, efficace et moderne peut réformer la France, la rajeunir, faire bouger les lignes et sortir le pays du marasme dans lequel il se roule, selon nombre d’analystes, comme il l’a fait pour la ville du Havre. Souvent présenté par les médias nationaux comme le sauveur, Monsieur Philippe serait, sous l’égide du plus jeune président de la Ve République,  celui qui va rendre sa gloire au pays, comme il a extirpé Le Havre de la torpeur provinciale dans laquelle s’enfonçaient les souvenirs de sa gloire industrielle passée.

Le Havre est actuellement partagé en deux circonscriptions sur le terrain desquelles s’affrontent au total plus de 25 candidats. Impossible en une journée de les rencontrer tous… Le choix s’est porté sur le candidat de la France Insoumise et le candidat du PCF de la 7e respectivement Gérald Maniable et Baptiste Bauza.

La même question leur a été posée, et, argumentée différemment, la réponse est unanime : si la gestion municipale est un exemple de ce que va faire le gouvernement Philippe, il faut oublier l’idée de vision, de progrès et s’en tenir à une vitrine de modernisme dont l’arrière-boutique négligera les plus fragiles.

Pour monsieur Maniable, Édouard Philippe n’a pas mis « son ambition politique au service d’une ville, mais une ville au service de son ambition »,  quant à monsieur Bauza lui aussi parle de « vitrine bling-bling », et comme son concurrent, d’un «carriériste». Il va même plus loin en le comparant au personnage de bd qui « veut devenir calife à la place du calife : c’est Iznogood ».

Qu’en est-il de la valorisation de la ville, de la construction du tram, de la création d’un vaste espace commercial, Les Docks, d’un centre-ville plaisant, du Musée Malraux ? de l’ouverture la semaine dernière d’un grand centre culturel appuyé sur un complexe cinématographique ?

Les deux ricanent : Baptiste Bauza affirme que le tram était un projet communiste ancien, remisé au placard par le maire RPR précédent (élu de 1995 à 2010) et ressorti par Édouard Philippe. Au passage des aides européennes opportunes ont été perdues, précise-t-il. Les deux pointent des projets coûteux qui ont mis en valeur le centre-ville au détriment de ce qu’on appelle ici « les quartiers », ces deux complexes de cités des années70, abandonnés par la mairie de droite.

Pour privilégier le « tourisme d’affaire », sensé amené des flux de businessmen pressés de se réunir et de dormir dans les nouveaux hôtels havrais, on n’a pas renouvelé les financements des associations de quartiers  et pour ce qui concerne les CLEC (centre d’action culturelle) pire, selon Baptiste Bauza, « on a proposé des activités de moins en moins intéressantes, alors, à force… ». Pourtant Gérald Maniable se souvient avec émotion de ses «premières vacances à la neige, un mois…mes parents n’auraient jamais pu… ». Et de Mme Lelièvre, celle qui a œuvré à la création de l’actuel Muma, véritable bijou de musée… trop peu fréquenté par les Havrais, soupire-t-il.

Situé sur le front de mer, mais essentiellement visité par les touristes, le Muma offre une collection remarquable des œuvres de Boudin. © Claire Merrien

Même si Baptiste Bauza concède les efforts concernant la remarquable bibliothèque Nemeyer ou le Festival du goût des autres, il note l’absence totale de l’association avec les population des « Quartiers ». Même un rappeur  comme Médine n’a jamais été reconnu à hauteur de sa notoriété internationale dans sa ville natale. Comme un jeune animatrice sociale qui elle aussi remarque une « promotion extérieure » au détriment d’ « une promotion intérieure ».

Parvis de l’Hôtel de Ville du Havre, le quartier Perret, en arrière-plan, témoin de la reconstruction de l’après-guerre. © Claire Merrien

Quant aux promesses de projets de développement économiques industriels, ils sont restés… à l’état de promesse, de «rendez-vous manqués », selon le candidat du PCF. Celui de la FI précise que l’ensemble des projets ont manqué de vision. Les Docks ? C’était sans compter avec le développement à Honfleur de magasins d’usine, à un rien de temps de l’autre côté du Pont de Normandie. Mais par contre, tous les petits commerces de la ville périclitent.

Le tram ? Son parcours a été conçu en abandonnant la desserte plus humaine de la périphérie du Havre, antérieurement assurée par des bus… et délaissant les plus pauvres ou les plus âgés, car « moins d’un quart d’heure à pied » peut se révéler trop long. L’usine de construction de pales d’éoliennes, destinées à l’export ? Sans compter ni réagir face au désinvestissement d’Areva sur le renouvelable et au rachat par Siemens d’usine qui fabriquent en Allemagne des pales pour des éoliennes, devenues, le temps de l’inaction plus performantes, alors qu’une autre usine est déjà habilitée à 200 km. Son concurrent rappelle que le maire Philippe n’a pas réagi alors que les élus locaux interpelaient monsieur Macron, alors ministre de l’Économie et de l’Industrie. Les richesses de développement offertes par la mer ? Strictement inenvisagées. Baptiste Bauza relève d’ailleurs que le gouvernement Philippe n’accorde aucun ministère de plein exercice ni à la mer ni à l’industrie.

Dans cette ancienne ville communiste (jusqu’en 1995) qui faisait la part belle à l’éducation populaire, à la place de chacun dans la cité, y compris la place économique, le ton gronde sur fond de nostalgie de ces hiers qui chantaient. Et malgré la désunion locale (qui fera l’objet d’un autre article) sur une circonscription plutôt à droite,car rattachée au village de Sainte-Adresse, on est soucieux à l’idée de voir le pays gouverné comme le Havre… qui n’a servi que de « marchepied à son ambition nationale » affirme le jeune candidat communiste en rappelant que monsieur Philippe résidait à Paris et ne venait au Havre que deux fois par semaine, du temps de sa mandature.

Vue du Havre

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3 Comments

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